« Je crois surtout que je n’aime pas la perfection. »
Bonjour, pourrais-tu te présenter ?
Je m’appelle Thomas, j’ai 24 ans, j’habite à Paris et je suis le créateur de Cesure. J’ai commencé à créer des vêtements il y a 4 ans à peu près, à l’origine simplement par curiosité et en parallèle de mes études. Ça m’a très vite passionné et c’est maintenant mon travail à plein temps. Je suis donc arrivé à Paris il y a un an pour créer Cesure après avoir expérimenté, testé, essayé pendant plusieurs années à Rennes sous un autre nom.
Qu’est-ce qui, dans le tumulte du quotidien, parvient encore à suspendre ton souffle ou à arrêter ta montre ?
On se laisse souvent emporter par cette inertie : on ne fait plus attention à ce qui nous entoure, aux détails. Or, ce sont précisément ces détails qui retiennent mon attention. Aussi pressé que je sois, je suis capable de ralentir, voire de m’arrêter, si j’aperçois un vêtement à la coupe parfaite dans une vitrine, un détail architectural sur une façade, un objet historique intriguant, un graffiti oublié sur un bout de mur, une ancienne affiche pour une expo depuis longtemps passée…
Quel est ton rapport au « Beau » dans ton quotidien ?
Mon rapport au Beau dans ma vie quotidienne est omniprésent. Il est évidemment dans mon métier, dans les vêtements que je crée, et se caractérise par des matériaux naturels qui tombent parfaitement, des boutons en nacre naturelle ou en bois exotique du siècle dernier qu’on ne retrouve nulle part aujourd’hui, des coupes amples pour ne pas entraver, mais des coupes « justes » quand même… Au-delà des vêtements, j’accorde une grande importance au Beau jusque dans l’endroit où sont créées les pièces : l’atelier est décoré d’une centaine d’images, photographies, dessins, échantillons, prototypes, pièces d’archives… On commence à ne plus pouvoir voir les murs, mais ça me permet de rester dans une même ligne directrice en fonction des collections sur lesquelles je travaille. D’une manière plus poussée, le Beau me suit jusque chez moi : chacun des objets que j’utilise doit être parfait — le rasoir de sûreté métallique datant des années 50, le porte-encens sculpté à la main, les livres de vieilles éditions aux pages jaunies, ma montre qui est un vieux modèle des années 40 fabriqué en France… Ce qui rend beau un objet à mes yeux, au-delà de l’esthétique, c’est son histoire, sa fonction unique, sa durabilité. C’est ce que j’essaie de faire transparaître dans mes collections.
Si tu devais voler une seule image, une seule odeur ou un seul son au monde pour le garder rien que pour toi, ce serait quoi ?
Si je devais voler une seule image et la garder pour moi, je pense que ce serait une vue de l’immense jardin à l’anglaise de mes grands-parents dans la Manche. C’est un des endroits les plus beaux que je connaisse : on peut à peine s’y déplacer tellement il y a de plantes, de bosquets, d’arbres divers dans un désordre parfaitement maîtrisé ! Pour l’odeur et le son, je crois que je répondrais la même chose : l’odeur d’un jardin fleuri sous la rosée et le bruit des oiseaux.
Est-ce qu’il t’arrive de trouver de la beauté là où les autres voient du désordre ou de l’ordinaire ?
Je trouve souvent de la beauté là où les autres n’y voient que du désordre, très souvent même. Surtout dans la décoration : je DÉTESTE les intérieurs épurés, minimalistes. Je veux des piles de livres à droite à gauche, une bibliothèque en désordre, des cadres et affiches sur tous les murs, je trouve ça magnifique. Je trouve également du Beau dans les choses usées, que ce soit dans un bâtiment en ruine, un escalier qui grince, un vêtement délavé et taché, une sculpture abîmée par les années… Même ma bibliothèque n’est pas triée, je n’aime pas ça, et je crois surtout que je n’aime pas la perfection.