LES PORTRAITS

Thierry Bigaignon

Thierry Bigaignon

Fondateur, Galerie Bigaignon.


Depuis plus de vingt ans, il vit au rythme des artistes, des œuvres et des émotions que l'art provoque.

« Ce qui m'intéresse, c'est ce qui échappe à l'évidence immédiate. »

Qu'est-ce qui, dans le tumulte du quotidien, parvient encore à suspendre ton souffle ou à arrêter ta montre ?

Me réveiller chaque matin aux côtés de mon épouse. Et, bien sûr, l'art, sans hésitation. La rencontre avec une œuvre fait partie de mon quotidien, mais elle continue pourtant de me bouleverser. Plus encore que l'objet lui-même, c'est l'intelligence créative qui habite une œuvre qui m'émeut profondément. Cette capacité qu'a l'art à déplacer notre regard, à ouvrir un espace intérieur, reste pour moi une nécessité vitale. Comme l'écrivait Cesare Pavese : « L'art est la preuve que la vie ne suffit pas. » Je crois que tout est là.

Quel est ton rapport au « Beau » dans ton quotidien ?

Je ne crois pas à une définition universelle du beau. Ce que nous trouvons beau est souvent ce qui entre en résonance intime avec notre sensibilité. Le beau surgit lorsque quelque chose nous touche à la fois émotionnellement et intellectuellement. Parfois, tout se joue dans une infime tension : un équilibre presque imperceptible, une couleur juste, une forme au millimètre près. Ce sont ces détails qui créent l'émotion et donnent naissance à une forme d'évidence.

Si tu devais voler une seule image, une seule odeur ou un seul son au monde pour le garder rien que pour toi, ce serait quoi ?

Sans doute une œuvre de James Turrell. Son travail dépasse l'image, l'objet et même l'idée : il est sensoriel, méditatif. Face à ses œuvres, je ressens une forme de plénitude difficile à décrire, comme si le temps se dilatait soudainement.

Est-ce qu'il t'arrive de trouver de la beauté là où les autres voient du désordre ou de l'ordinaire ?

Constamment. Je suis hypersensible, exigeant et assez radical dans mes goûts ; ce mélange me conduit naturellement vers des formes de singularité. Ce qui m'intéresse, c'est précisément ce qui échappe à l'évidence immédiate : une fragilité, une tension, une subtilité. Ensuite vient le travail d'apprivoisement, puis l'envie de partager ce regard.

Je crois profondément que lorsqu'une émotion est sincère, elle finit toujours par trouver un écho chez quelqu'un d'autre.


TOUS LES PORTRAITS