LES PORTRAITS

Hugues Morisse

Hugues Morisse

Architecte du patrimoine.


Il restaure des monuments anciens en cherchant d’abord à comprendre ce qu’ils ont encore à nous raconter.

« Regarder longtemps avant d’agir, pour révéler plutôt que transformer. »

Bonjour Hugues, pourrais-tu te présenter ?

Je suis architecte du patrimoine. Mon métier consiste à restaurer des monuments anciens, et surtout à essayer de comprendre ce qu’ils ont encore à nous raconter. C’est un métier qui me fait énormément bouger, entrer dans des endroits parfois magnifiques ou présentant une « esthétique de l’abandon » avancée, grimper dans des charpentes, traverser des greniers poussiéreux, soulever ce qui a été ajouté au fil du temps… avec toujours l’idée d’aller chercher ce qui est caché. Finalement, je crois qu’une grande partie de mon métier consiste à regarder longtemps avant d’agir, pour révéler plutôt que transformer.

Qu’est-ce qui, dans le tumulte du quotidien, parvient encore à suspendre ton souffle ou à arrêter ta montre ?

Le ciel assez souvent. C’est peut-être justement parce qu’on ne pense pas à le regarder. On peut être absorbé par une journée, un rendez-vous, le travail, et tout à coup, en traversant un pont, le Champ-de-Mars ou simplement une grande avenue, lever les yeux et être arrêté par une lumière ou un ciel extraordinaire. Paris offre beaucoup de ces moments-là. J’aime assez cette idée que quelque chose qui était là depuis le début, au-dessus de nous, puisse soudain interrompre tout le reste.

Quel est ton rapport au « Beau » dans ton quotidien ?

Je crois qu’il passe beaucoup par la matière. Une pierre dont on voit le grain, un cuir qui va se patiner, un bois que le temps a marqué, un tissu, une couleur un peu passée… Je suis assez sensible aux choses qui ne sont pas tout à fait lisses, qui portent déjà quelque chose en elles. C’est sans doute lié à mon métier : à force de travailler avec des bâtiments qui ont plusieurs siècles, on finit par trouver très belle la trace du temps.

Si tu devais voler une seule image, une seule odeur ou un seul son au monde pour le garder rien que pour toi, ce serait quoi ?

Le bruit de la mer. J’ai grandi au bord de l’eau et c’est un son auquel je reste profondément attaché. Il a quelque chose d’immuable et pourtant jamais tout à fait identique. J’aime cette sensation que l’on peut connaître la mer depuis toujours et, certains jours, avoir presque l’impression de l’entendre pour la première fois. Il y a peut-être quelque chose de très proustien là-dedans : un son suffit parfois à faire revenir beaucoup plus qu’un souvenir.

Est-ce qu’il t’arrive de trouver de la beauté là où les autres voient du désordre ou de l’ordinaire ?

Oui, tout le temps, et c’est probablement une déformation professionnelle. J’ai toujours eu tendance à regarder un peu derrière les choses, mais mon métier n’a fait qu’accentuer cela. Un grenier abandonné, un mur sale, un morceau de peinture à peine visible peuvent soudain révéler quelque chose que personne ne regardait plus. Il m’est arrivé de voir réapparaître, sous des couches plus récentes, des décors vieux de plusieurs siècles dans des endroits auxquels on ne prêtait aucune attention. C’est peut-être cela qui me plaît le plus : l’idée que le beau n’est pas nécessairement spectaculaire. Il est parfois simplement caché, et demande qu’on prenne le temps de le voir.


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